03. Artisane bijoutière : Ce que ce titre veut dire, et ce que je suis vraiment

On me demande souvent si je suis artisane bijoutière.

Je préfère dire que je donne une place à ce qui existe déjà.

C'est une réponse qui peut sembler évasive, mais elle ne l'est pas. Elle est simplement plus honnête qu'un oui ou qu'un non, et je crois que vous méritez la version longue.

Une question qui revient souvent

Poinçon de responsabilité de Mother PearlySur le papier, oui. Mother Pearly est enregistrée comme activité d'artisan bijoutier, et j'ai mon poinçon de responsabilité, déposé auprès des douanes. Cette petite marque insculpée sur certaines pièces dit que j'en réponds.

Mais je sais ce que vous imaginez quand vous posez la question. Un établi, une lime, un chalumeau. Cette image est belle mais mon métier à moi s'est construit ailleurs. Alors plutôt que de laisser flotter une image qui ne me ressemble pas, je vous raconte comment naissent vraiment les bijoux que vous portez.

Là où tout commence : la perle

Tout commence par la perle, et la perle, c'est moi.

Avant Mother Pearly, il y a eu un voyage. Des fermes perlières en Indonésie, où je suis allée voir de mes yeux comment naît une perle. J'ai vu le temps que ça prend, des années pendant lesquelles un mollusque vivant recouvre, couche après couche, quelque chose qui le gêne, jusqu'à en faire une gemme. J'ai vu aussi combien de perles ne valent rien à la sortie de l'eau, et l'œil qu'il faut pour trouver celles qui comptent.

Ensuite, j'ai appris. Une formation spécialisée sur la perle à Paris, pour mettre des mots et des critères sur ce que j'avais ressenti dans les fermes. Le lustre, l'orient, l'épaisseur de la nacre, la surface, la forme, la couleur. Ce qui fait qu'une perle est belle, et ce qui fait qu'elle le restera dans vingt ans.

C'est ce savoir-là qui est au cœur de Mother Pearly. Chaque perle que vous portez, je l'ai choisie une par une. Je la regarde à la lumière du jour, je la compare, je la retourne. J'en écarte beaucoup. Celles que je garde attendent parfois des mois le bijou qui leur ira. La sélection des perles, personne ne la fait à ma place. C'est mon métier, et c'est le premier.

Ce qui porte mon poinçon

Le deuxième, c'est le dessin. Une partie de nos collections part d'une idée que j'ai en tête, souvent longtemps avant qu'elle existe. La perle seule, sans tension de chaîne. La perle en dialogue avec une chaîne, en asymétrie. Je décide de tout ce qui fait le bijou : la matière, argent massif 925 ou plaqué or jaune, la longueur, le fermoir, le fil de soie et sa couleur, la façon dont la perle sera tenue. Je monte moi-même. J'enfile, j'assemble, je ferme. Ces bijoux-là portent mon poinçon.

Une maison de bijoux

Et puis, je fais ce que font les maisons de bijoux depuis toujours : je m'entoure de bijoutiers dont je connais le travail, et rien n'entre dans la collection sans être passé entre mes mains. Il arrive aussi qu'on me confie un projet plus précieux, une bague, un bracelet, des alliances, en or ou en platine. Pour ceux-là, je travaille depuis le début avec un atelier joaillier dont c'est le métier depuis plus de trente ans.

Dans tous les cas, mon rôle est le même. Choisir, dessiner avec vous, imposer le niveau d'exigence, suivre chaque étape et ne rien laisser passer qui ne soit exactement ce que vous attendiez.

Pourquoi je vous le dis

Parce que ce qui me touche dans ce métier, ce n'est pas la technique, c'est ce que les gens ressentent en portant une pièce qu'ils ont choisie. Quand une femme entre dans l'univers de Mother Pearly, elle n'arrive jamais les mains vides. Elle porte déjà quelque chose avec elle, une émotion, un souvenir, une personne qu'elle veut garder près d'elle ou un moment qu'elle ne veut pas laisser s'effacer. Ce quelque chose existe avant le bijou, et il existerait sans lui. Mon travail consiste à reconnaître la perle qui saura le porter, puis à lui donner la forme qui permettra à cette émotion de se poser quelque part, sur une peau, au creux d'un cou, autour d'un poignet, pour y rester longtemps. C'est ce que j'appelle mettre une forme sur ce qui existait déjà, et c'est la phrase qui a fondé Mother Pearly.

Alors, suis-je artisane bijoutière ? Oui, à ma façon, tout commence par la Perle.

Soudaline, fondatrice de Mother Pearly

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